Je me demande ce qu’il m’est passé par la tête pour accepter ce rendez-vous. Normalement, la première rencontre, je la fixe dans un bar ou une discothèque à minuit. Ce type de rencontre me permet de passer une soirée détendue en compagnie d’amis et amies dans un restaurant, un cinéma ou autour d’un verre. Puis, comme un éclair à minuit, je rejoins légère l’homme du soir ou de la nuit. Pourtant, cette fois, il est 20h50 quand je quitte le bord du lac dans mon petit bateau moteur en plastique. Heureusement, c’est une belle soirée d’été, chaude et lumineuse. J’ai malgré tout des petits grésillements dans le ventre. 

L’homme du soir m’a tout de suite séduite. Son profil sur la Toile correspondait à ce que je cherche. Ses conversations, ses photos étaient plaisantes. Son idée de se rencontrer sur le lac à 1km500 en face du port principal de La Ville précisément et ceci à 21h00 m’a aussi plu. Cependant, en naviguant vers le point de rencontre, je me rendais compte que la situation était plutôt singulière. 

Il est 21 heures. Mon moteur est arrêté, mon bateau positionné comme indiqué. Je n’attends plus que l’homme providentiel, ou pas ! Au loin, un bateau à voile se dirige vers moi. Est-ce lui ? 

À son arrivée, Monsieur, attache avec de beaux nœuds d’amarrages son très joli voilier à mon modeste bateau moteur. Il est aussi élégant que son embarcation. Ses habits blancs, son teint halé et son sourire ravageur me font oublier toutes les angoisses des minutes précédentes. Il m’invite à le rejoindre sur son pont. Il dépose une couverture bleu marine et amène deux coupes de cristal. Il les remplit d’un champagne d’une marque coûteuse et engage la conversation. Les minutes s’égrènent et je ne vois pas le temps qui file. Je suis séduite et l’alcool m’a enlevé toute idée de vigilance. Un dialogue joyeux s’installe et nous échangeons sur tous les sujets de la vie. Cependant, dans un soubresaut de prise de conscience inattendu de ma part, j’évoque l’idée de se quitter puisque la nuit est tombée et que nous devons encore rejoindre nos ports respectifs. C’est là que tout bascule !

Il descend précipitamment dans la cabine et en remonte avec une batte de baseball. Je ne sais que faire, je reste immobilisée des secondes qui me paraissent longues. Je me saisis de la bouteille déposée dans le seau à champagne et lui jette le reste du contenu dans la figure avant de lancer avec force la bouteille vide dans sa direction. Il est surpris et semble en colère. Il me parle du confort de sa cabine et de sa bienveillance tout en s’approchant de moi avec la batte menaçante. 
L’étau se resserre, mes compétences en nœuds ne me permettront pas de les défaire rapidement. Ma seule qualité reste ma capacité de nage. Je plonge ainsi prestement depuis le voilier et me lance dans un crawl effréné en direction du port principal. Je ne me retourne pas. 
Il ne me reste que 500 mètres à nager quand j’entends sa voix me hurler dessus. Il menace de me couler ou de me récupérer pour mieux m’achever. Cependant, rien ne m’arrête, j’atteins l’échelle du port, je cours. Minuit sonne.

PAR FLEUR BLEUE

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