Il pleut. L’arrivée sur Paris est chargée pour un dimanche matin, mais je m’en fous. Je vais déjeuner chez un ami près de Nation, au volant de ma voiture récemment achetée. Oh elle n’est pas neuve, certes, mais elle est parfaite. J’ai beau être une fervente partisane du respect de l’environnement et des transports en commun, comme je vis dans un endroit reculé de la campagne bretonne, me déplacer en voiture n’est pas un caprice, c’est une nécessité. J’ai fait l’effort d’investir dans une citadine qui consomme peu et qui arbore la vignette permettant d’entrer dans Paris en toutes circonstances. J’ai rempli mon contrat d’éco-citoyenne et aujourd’hui je m’aventure à la capitale en voiture, la fleur au fusil. 

Les premiers panneaux indiquant la fermeture des accès ne m’inquiètent pas vraiment. C’est la Journée Sans Voiture, pas le bouclage total de la ville, quand même. Il pleut toujours, seulement une porte sur deux est ouverte et systématiquement précédée d’un bouchon conséquent. Je commence à pester. Ouf, la Porte de Vincennes est accessible. Je m’engage dans la file bondée en continuant de râler de plus belle, évidemment. J’ai déjà du retard et la montée de la rampe vers la Porte de Vincennes s’annonce épique. 

Je tente de prendre mon mal en patience. Vingt minutes et autant de démarrages en côte plus tard, je distingue à quelques mètres une barrière anti-manif gardée par des gros bras à gilets orange. Les voitures peuvent entrer dans Paris au compte-gouttes, certaines sont refoulées, mais je ne m’inquiète pas, j’ai ma vignette, c’est bon. Je suis juste très en colère d’être très en retard. Mon tour arrive enfin. La cheftaine des cerbères à gilets orange s’approche. Elle jette un coup d’œil à ma plaque d’immatriculation pendant que je baisse la vitre. Sa décision est-elle déjà prise ? Peut-être. Un lapidaire « Où allez-vous ? » m’est adressé avec un dédain clairement perceptible derrière le masque. On n’est pas là pour rigoler, j’ai bien compris. « Nation, je suis invitée à déjeuner chez un ami ». L’interrogatoire se poursuit. « Vous venez d’où ? ». Je réponds et confirme le soupçon né quand elle a vu ma plaque.

« Vous ne passez pas. Il y a des panneaux partout, vous êtes prévenue depuis longtemps », lâche-t-elle comme une évidence, comme si je devais être au courant de ce qui se passe à Pââris, moi la provinciale en goguette. Elle se plante devant ma 206 et pointe la direction de la rampe qui redescend. « Retournez sur le périph ! » furent ses dernières paroles. Une proposition pour que je stationne plus loin et prenne les transports ? Non. Une suggestion pour que je puisse quand même rendre visite à mon ami ? Non. Un petit sourire de consolation ? Et puis quoi encore. Journée Sans Voiture pour les uns, Journée Sans Pitié pour les autres. Journée Sans Solution pour mon déjeuner et Journée Sans Empathie pour les gilets orange, de toute évidence.

Agent Servile de la Ville de Paris : 1. La Bretonne dans sa petite 206 : 0. A quand la Journée Sans Ambages, pour que je puisse retrouver cette punaise à gilet orange et lui dire tout ce que je pense d’elle sans craindre de me retrouver au poste ?

PAR PLUMINKAA

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