Hé zut. A la bourre, encore ce matin. Tu parles d’un patron toi. Je serai à l’heure pour l’ouverture au public, pas de soucis de ce côté. Mais je n’aurai pas le temps de travailler sur cette pile de paperasse administrative qui me tend les bras. D’ailleurs je trouve qu’elle a grossi ces jours‑ci. Pas trop le temps de philosopher. Allez, hop, hop.

Un peu froide la douche ce matin … à moins que ce ne soit moi qui ne soit pas réveillé. Fort possible aussi. J’ai un peu forcé sur le whisky hier soir. Faut dire qu’ils étaient nombreux à la fermeture. Une vie de patachon, dont on ne va pas se plaindre !

A midi, en entrée, je ferai une tranche de terrine de porc ; vu que j’ai eu le temps de la cuisiner hier. Et pour ceux qui n’aiment pas le pâté, une tomate avec un filet d’huile d’olive extra. J’en ai une bonne en ce moment, autant qu’ils en profitent. Deux entrées… c’est bien.

En plat principal, l’incontournable steak-frites ; en alternative, un pavé de saumon et ces pommes vapeur, un standard. Le soir, plat unique, un thiéboudiène. La recette de ma maman, paix ait son âme. Un truc de chez moi ça, ils adorent ; faut dire, avec toute honnêteté que ma recette, de loin, reste la meilleure de Dakar. 

Si on m’avait dit qu’en arrivant en France métropolitaine, avec mes dreadlocks, mon teeshirt Bob Marley, du haut de mes 18 ans, je finirais cuisto à mon compte, après cinq années d’étude en fac d’anglais. Merci papa, merci maman. Ils se sont saignés pour m’envoyer à la capitale, étudier pour revenir avec un métier. C’est loupé. Eux sont toujours dans mon Sénégal natal, français à l’époque ; moi je suis resté français, eux sont devenus sénégalais ; l’histoire nous réserve bien des surprises. J’habite mon pays, mes parents aussi ; mais j’ai besoin d’un passeport pour rentrer chez moi et eux pour venir me voir.

Ce matin, juste une tasse de café. Je trouverai bien quelque chose à grignoter au restaurant dans la matinée. Il est temps de filer avec mon fidèle compagnon, cette berline allemande qui partage ma route depuis tant d’années. Une belle affaire, soit dit en passant. Quinze ans de bons et loyaux services. Juste à mettre du carburant. Elle démarre au quart de tour et m’emmène là où je veux, sans faillir. Après, vous me direz, nous sommes en plein cliché du black chic qui roule en Mercos. Dealer ? Proxénète ? Non, restaurateur.

Un coup de clef et hop, elle ronronne déjà, prête à avaler l’asphalte. Le matin, je lui demande peu, quelques centaines de mètres, pas plus. Plaisir de la conduire. Allez go ! et zut. Encore un barrage de police. Pas de chance quand même, ils se cachent entre ma maison et mon restaurant. Une habitude.

– Brigadier Dupont, Gendarmerie nationale ; contrôle d’identité ; carte de séjour s’il vous plait.

– Je n’en ai pas brigadier.

– Comment ? vous rigolez j’espère?

– Non du tout, j’ai une carte d’identité.

PAR ASICQ

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