Encore une gourde qui traverse la rue sans regarder. Sans blague, il y a des coups de pare-chocs dans les genoux qui se perdent. Heureusement que je suis là pour piler et sauver une vie. Et quelle vie… Une vieille laide avec un gilet en laine informe, on dirait qu’elle l’a récupéré dans la poubelle de Thierry Lhermitte dans « Le Père Noël est une ordure ». Avec son grand sac carré en plastique du magasin Action, sûrement bourré de conneries à pas cher et fabriquées en Chine, c’est le pompon. Ça m’énerve, mais ça m’énerve !

Évidemment, il pleut et les places de stationnement près du cabinet sont toutes occupées. Je vais être obligée de me garer plus loin et de ruiner mon brushing sous la pluie. D’où sortent tous ces boulets ? Ils ne sont pas garés dans le parking de leur petit bureau à cette heure-ci ? Je ne demande pas grand-chose moi, juste une place pour ma Mini Cooper ! Et un peu de respect pour ce balayage californien qui m’a coûté une petite fortune. Mais non, ce n’est pas possible. Bande de crétins ingrats.

Une place, enfin. La pluie redouble, je cours jusqu’à l’immeuble et sonne à l’interphone. Elle m’ouvre quand elle veut, la débile de réceptionniste. Je ne sais pas d’où elle sort, mais dès que j’ai entendu sa voix au téléphone quand j’ai pris rendez-vous, j’ai su que ça allait mal se passer avec son petit accent du Sud. Et là, évidemment, elle met un temps fou à répondre alors que j’attends sous une pluie battante. Elle décroche. Je m’annonce. Elle ne comprend pas, je dois répéter mon nom. J’ai horreur de ça. Hermeline De Saint Germain De Saint Maurice, ce n’est quand même pas compliqué à comprendre ! La lourde porte battante s’ouvre. Quand même. J’ai failli attendre.

Avant d’appeler l’ascenseur, je constate l’étendue des dégâts dans le grand miroir rococo du hall de l’entrée. Je suis trempée comme une soupe, ma coupe est ruinée, mon rimmel a coulé et me donne l’allure d’un vieux chien mouillé. Je suis ridicule, je hais ce genre de situation. Mais j’ai mis des mois à obtenir cette première consultation, hors de question de faire demi-tour. Je vais devoir ravaler mon amour-propre, Dieu sait que cela m’est insupportable. 

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Un jeune à capuche en sort en trombe, un énorme casque vissé sur les oreilles. Il se dirige d’un pas lourd d’ado attardé vers la sortie de l’immeuble sans même me saluer. Certes, je ne vais pas me plaindre qu’il n’ait pas remarqué mon allure défaite, mais quand même, les jeunes aujourd’hui n’ont plus aucune éducation, c’est intolérable. Et je ne parle pas de leur goût douteux en matière de vêtement et de musique. Au secours. 

J’arrive enfin devant la porte du cabinet. Impossible de reculer maintenant. Je ne vais pas bien, je dois me faire soigner. Je sais que ça sera difficile, mais il le faut. Sur la plaque, une inscription sobre mais efficace : « Docteur Martin, psychothérapeute spécialisé dans le traitement du snobisme, du complexe de supériorité et des troubles du jugement compulsif d’autrui ».

PAR PLUMINKAA

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