Nous étions une bande de copains, une quinzaine, à nous être retrouvés pour les vacances au bord du Lac du Bourget, une grande maison louée tous ensemble… il faisait une chaleur étouffante et nous profitions des longues soirées au frais sous les arbres, pour refaire le monde devant de copieux repas et quelques gouleyantes bouteilles de rosé…

Un soir, un peu plus arrosé que d’habitude, vers trois heures du matin, l’un d’entre nous lança le sujet sur les accidents de la circulation… très gai comme sujet me direz-vous ! De fil en aiguille, on en est arrivé à cette histoire où une jeune femme était devenue, après plusieurs tonneaux, tétraplégique et dont le chauffard, qui avait causé sa sortie de route, avait pris la fuite… la vie de la jeune fille était mise entre parenthèse tandis que lui continuait à en jouir en toute impunité !

C’est alors que cette question fut jetée à la cantonade :

– Et si vous décidiez de tuer ce mec demain ? 

– Quoi ?

– T’es sérieux ?

– On ne sait rien de lui, juste qu’il conduisait un 4×4 !

– Ouais, mais si tu savais qui il est ?

– Dans ce cas-là, ça change tout !

Et tout d’un coup, on s’est retrouvé en plein cœur d’un épisode de « La Casa de Papel » ! Chacun y allait de son commentaire… les plus modérés auraient voulu seulement lui faire peur… tandis que les autres, les plus extrêmes, ne voyaient pour lui que l’exécution pure et simple !

Dans notre divagation, on échafauda un plan… tout savoir sur lui… d’abord où il habitait… où il travaillait… ses habitudes… savoir s’il avait une femme, des enfants, des amis… une maîtresse… un amant… Tout !  Un vrai travail de détective, minutieux, implacable, précis, irréprochable, chirurgical… avec photos à l’appui. Une fois toutes ces données réunies, s’arranger pour le surprendre dans le parking souterrain de son boulot, lui mettre un sac sur la tête et l’enlever ! À 15 contre 1, il ne ferait pas le poids ! L’installer ensuite dans une pièce inconfortable, style cave ou buanderie, ligoté à une chaise, toujours cagoulé… le laisser là, croupir quelques jours, sans plus d’explication, lui donnant à boire à heures régulières, ne répondant à ses questions que par un « Patience… » laconique.

Et puis, une fois à bout de force, à bout de nerfs, résigné peut-être, lui passer en boucle l’interview de la jeune fille… qu’il entende sa voix toujours et encore… cette voix lui expliquant comment elle essaye de vivre ou plutôt de revivre avec son handicap… cette voix lui expliquant sa lâcheté, son inconséquence…

Enfin, quand il aura bien mariné et bien réfléchi, lui faire choisir entre aller trouver la jeune fille et faire face à ses responsabilités ou les fuir encore et choisir la mort !

– Non, les gars ! La mort le soulagerait, vous n’êtes pas assez féroces, il ne faut pas lui donner le choix… il doit vivre… vivre pour expier sa faute et être hanté à chaque instant par son odieuse conduite… qu’il ne trouve jamais plus le repos… la mort lui serait beaucoup trop douce…

– Mais comment peux-tu dire ça ?

– Parce que ce mec, c’est moi !

PAR FABRICE LELIÈVRE

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