J’étais prête à me lancer; habit neuf, souliers de dame et  coiffure remontée dans le seul but de plaire à mon patron.

J’y avais mis toute la gomme, sans retenue. J’allais le séduire et toutes les répliques d’envoûtement étaient prêtes dans ma tête. Les rictus sur mes lèvres, le regard, la démarche, le maquillage, le pli de la jupe, le décolleté, j’avais vraiment pensé à tout.

D’ici tout au plus une semaine, il allait être mon amant et la bague suivrait. Je n’allais quand même pas passer ma vie comme simple employée dans ce bureau. Avec le corps que j’avais, je pouvais viser plus haut sans gêne. 

C’est lui qui m’aborda le premier. « Vous sentez bon », m’avait-il confié un peu timide alors que nous nous étions croisés dans un couloir.  Déjà! Je l’avais séduit par le nez. Tiens, c’est un sens que j’avais négligé : l’odorat. Je n’avais songé qu’à la vue. Mon petit parfum à 20 $ allait prendre la poubelle. Je m’en servirai pour verser dans l’aspirateur, tiens! Ou je l’offrirai à une collègue. Il fallait miser sur la classe et la fragrance la plus chère allait atterrir dans ma pièce à pomponner.

Le lendemain, il ne prit pas garde à moi malgré le paquet que j’y avais mis. Rien, si ce n’est une légère salutation. Il avait l’air à plat! C’est la fatigue sans doute.

Les jours qui suivirent empirèrent ma cause. En plus de ne pas me saluer, il était grognon et me surchargeait de travail. Il me répondait nonchalamment et semblait distant, aussi loin que Pluton. Sans doute vivait-il des problèmes personnels.  

Ce soir-là, je suis allée chez le coiffeur. Je me suis offert le plus joli et le plus sexy des tailleurs. J’ai dépensé tout un mois de salaire. J’ai même opté pour un autre parfum de 120$, Versant Céleste, un produit européen de haute gamme.

Il allait flancher c’est certain. Tous les hommes se tournaient quand j’arrivais au bureau. «  Une vraie star celle-là! », devaient-ils se dire intérieurement. Derrière moi se déroulait une traînée d’étoiles. Je me sentais véritablement belle. Tout sur moi avait été pensé, jusqu’à la petite culotte « Lejaby » en dentelle qui donnait un petit air belle-de-nuit à mon fessier que je plaçais rebondi pour les besoins de la cause, ce qui ne manquait pas de me donner un léger mal dans le bas du dos si on conjuguait ma démarche avec les talons hauts. 

Je ne me décourageais pas. Chaque jour, j’en mettais un peu plus. Mes ongles, mes pieds, il fallait rentrer mon ventre, ajuster mon soutien-gorge, déployer mes jambes quand je m’asseyais devant mon écran d’ordinateur. Je pensais vraiment à tout et mon travail allait payer. Je sentais qu’il me regardait de plus en plus, de jour en jour.

Un jour, en souriant, il posa un papier bleu sur mon bureau. Tout excitée, j’ouvris la lettre qui me conviait à ses épousailles avec ma collègue, celle à qui j’avais offert le parfum à 20 $.

PAR CHANTALE POTVIN

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