Mon homme et moi nageons dans le bonheur. Nous nous croyons seuls au monde. Dans notre paradis, nous fusionnons : je ne vois que lui et il m’appelle « mon petit bout de moi ».

Notre parcelle bénéficie des soins d’un paysagiste talentueux et écoresponsable. Il met en terre une grande variété de plantes, qui s’épanouissent, prolifèrent et nous fournissent fruits et légumes à volonté.

Ce matin, nous nous sommes réveillés aux aurores. Le soleil faisait scintiller les gouttelettes de rosée et notre jardin brillait comme mille diamants. Nous avons fait l’amour, puis je suis partie nous réapprovisionner.

Au rayon Produits frais, j’ai papoté avec notre voisine. Je ne la côtoie guère, car elle a la réputation d’être mauvaise langue. Exceptionnellement, j’ai prêté l’oreille à ses recommandations et j’ai glissé dans mon panier une nouvelle variété de pommes.

Sur le chemin du retour, j’en ai croqué une. Un véritable délice ! Il fallait que mon compagnon en goûte une. Mais il a refusé et cela m’a contrariée. Je lui ai lancé :

– Tu n’es qu’un rétrograde ! Tu refuses d’ouvrir ton esprit au reste du monde. 

 Pour mettre fin à cette dispute, il a mordu le fruit à pleines dents et s’en est régalé.

Nous avions ensuite rendez-vous avec notre propriétaire. Il passe régulièrement voir ses locataires et nous bavardons gaiment autour de quelques amuse-bouches. Une coutume conviviale et sans protocole. Mais aujourd’hui, je ne sais quelle mouche a piqué mon bonhomme, il a décidé de se mettre sur son trente-et-un. 

Je lui ai proposé une tenue, elle ne lui convenait pas. 

– Mon membre viril est trop visible, il aurait fallu choisir une taille au-dessus. 

– Espèce de prétentieux !

J’ai failli ajouter que son sexe n’avait pas besoin d’être caché pour être invisible, mais notre hôte fit son entrée à ce moment précis.

Il avait entendu notre esclandre et cela l’avait mis de fort mauvaise humeur. Il nous a fait des remontrances pour la première fois de notre existence. Sous la pluie des critiques, mon homme m’a désignée comme seule responsable.

J’ai accusé le coup sans rien dire, j’ai joué la carte du charme et usé d’un bon sens de la répartie… En vain. Sans préavis, il nous a jeté dehors du paradis terrestre. Adam et moi avons quitté Eden. Et demain, nos descendants baptiseront cette terrible journée la chute.

PAR MYRIAM SUPPLICY

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