Qu’est-il advenu de lui ? D’une minute à l’autre, plus rien ! Des semaines que nul ne l’a aperçu, pas la plus petite trace.

Il n’est pas décédé, ça se saurait ; il a purement et simplement disparu. S’agit-il d’un de ces mystères que le temps lui-même ne permettra pas d’élucider ? Des malfrats peut-être ? Si tel est le cas, qui peuvent-ils bien être, quels desseins les animent ?

Quelqu’un semble être habité par une envie de nuire, de faire du mal, mais qui ? Certains parlent d’extra-terrestres. Certainement pas. D’ailleurs, qu’en feraient-ils ? Il faut rester sérieux et garder les pieds sur terre.

Les recherches piétinent, les enquêteurs misent sur les quelques rares indices rassemblés jusqu’ici : d’anciennes machines à écrire, des claviers, des lettres éparpillées ; apparemment rien de très sérieux ni de bien significatif. Aucune autre piste susceptible de faire avancer l’enquête.

Le disparu est au centre des débats. Quelqu’un affirme qu’il a aperçu un cercle de lumière se refléter dans le lac, quand les eaux étaient calmes, juste pendant la dernière éclipse, pendant qu’un chien paniqué hurlait à qui mieux mieux. Les scientifiques savent que c’est parfaitement naturel, inutile d’insister là-dessus. La municipalité a appelé les habitants au calme, les priant de ne pas céder à la panique.

Petit à petit, après quelques semaines, la vie a repris, est redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être dans ce village tranquille, un peu perdu, mais si agréable à vivre. Chacun essaie de ne pas y penser, mais cette absence est pesante à vivre. Sans lui, les échanges demeurent difficiles, exprimer ses sentiments dans des termes précis exige davantage de temps, certaines phrases peuvent perdre leur sens. Jamais il n’a semblé aussi nécessaire que depuis qu’il n’est plus là. Il est universel mais cependant nul n’imaginait une telle nécessité. Un seul être manque et l’espace entier paraît dépeuplé.

Les habitants des villages et des villes du district se rassemblèrent dans la rue, attirant des affluences inimaginables ; des images furent placardées sur chaque arbre, dans chaque rue, aux vitrines des magasins. Rien, aucun signe, c’était désespérant.

Le bulletin du village était publié à grand peine, celles et ceux qui l’éditaient avec tant de plaisir auparavant hésitaient à prendre la plume, tant ils avaient de la peine à rédiger des textes capables de susciter un peu de bien-être chez leurs lecteurs.

Fatigué, pressé par ses administrés, le maire a finalement publié ce message dans les médias : « Je prie celles et ceux qui savent ce qu’il est advenu de la lettre « o » de la rendre sans plus attendre, par pitié envers les habitants du village, par mansuétude envers les enfants qui apprennent à lire, leurs parents qui aimeraient leur enseigner le plaisir de lire… »

Je l’atteste, c’est difficile de faire sans ! J’ai peiné sur ce texte, butant sur chaque phrase, cherchant le terme adéquat. Essayez, juste quelques lignes. J’espère vivement que M. le maire sera entendu, et que quelqu’un ramènera rapidement la lettre manquante afin que chacun puisse exprimer avec exactitude ses sentiments, en utilisant l’alphabet entier.

PAR CYRANEAU (!)

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