Grelim’ était un royaume prospère, riche, où l’on vivait heureux. Rien n’y manquait, il y avait de la nourriture pour tout le monde, et une armée solide assurait sa sécurité. On y travaillait et chacun contribuait au bien-être de tous.

Mais avec les années, loin de la réalité, le roi fut gagné par la sénilité et à la cour, certains virent qu’ils pouvaient le manipuler aisément. La courtisanerie et la délation apparurent. Grelim’ devint le royaume de la servilité, de la fourberie, de l’obséquiosité. Le roi adorait qu’on le flatte. Il n’écoutait plus ses généraux, mais faisait confiance à un marchand de graines, un ancien serf, ou un cultivateur qui, tous, lui disaient ce qu’il voulait entendre.

Un des généraux, Ramona, comprit très bien les avantages qu’il pourrait tirer de la situation. Il se mit donc, lui aussi, à flagorner, à couvrir son roi de louanges, à rapporter des ragots, inventant des histoires de toutes pièces. Il méprisa les autres généraux qui l’aidaient pourtant à gagner ses combats en lui fournissant armes, vivres et ressources. Aux mensonges s’ajoutaient complots et intrigues. L’entraide faisait petit à petit place à la méfiance. Le roi, aveuglé, appréciait les éloges.

Le général Ramona affina encore sa technique perfide. Il s’assura le soutien d’un autre général des contrées du Nord, et entreprit d’encenser la reine, qui voyait en lui le dauphin du royaume, le fils qu’elle n’avait pas eu.

La réussite fut totale puisqu’un jour le roi remit les clés du royaume au fourbe général. Il détenait enfin le pouvoir qu’à force de bassesses il avait tant convoité. Il fit le vide autour de lui, bannissant de la cour tous ceux qui lui avaient fait part de leur réprobation.

Il pensait que ses généraux auraient envers lui la même attitude qu’il avait lui-même eue envers son roi, qu’on le courtiserait, qu’on le flatterait, qu’on honorerait son rang, qu’on le glorifierait. Cependant, dans le royaume, dans toutes les contrées, on savait comment Ramona avait gagné la couronne, et personne, du plus misérable des gueux jusqu’aux chefs des armées, ne lui accordait le respect qu’il pensait lui être dû. Même son ancien ami du Nord se rendit compte qu’il avait été berné. Les sujets étaient désabusés, le moral des troupes au plus bas, et nombreux furent ceux qui émigrèrent ou allèrent rejoindre les rangs de l’ennemi.

Ramona devint tyrannique, son arrogance n’avait d’égal que son mépris pour autrui. Son armée était désorganisée, les vivres vinrent à manquer, la révolte grondait. Les défaites militaires se succédaient, le royaume perdait de sa splendeur, ses ennemis ne le craignaient plus. La disparition de Grelim’ n’était plus qu’une question de temps.

C’est alors que Johann Klein, roi d’un pays voisin, lui proposa d’intégrer le pays en perdition dans son propre royaume. Ramona n’eut d’autre choix que d’accepter, sacrifiant l’indépendance de Grelim’ pour sauver son peuple. Il perdit tout ce qui lui restait, sa puissance, les courtisans, les fastes de la cour. Son honneur, il l’avait déjà perdu depuis longtemps. Pour toute reconnaissance, Johann le contraignit à l’exil dans les brumes et les marécages, où il finit misérablement ses jours, terrassé par la maladie, oublié de tous.

Qui avance en léchant des bottes, tôt ou tard finit dans la boue…

Par Cyrano

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