Cela fait 307 jours que je suis monté dans ce petit hameau de Haute-Savoie. Dès l’annonce de la pandémie par notre cher Président, j’ai immédiatement embarqué quelques provisions dans mon vieux sac de montagne de rouge. J’y ai également glissé quelques photos familiales, mon vieux couteau suisse, un carnet de notes, mon petit laptop et ma batterie solaire. Le minimum syndical. Je suis parti en marchant d’un pas rapide pour rejoindre la gare de Lyon et embarquer dans le premier TGV disponible en partance pour Lyon.

Quelques heures de train plus tard et un taxi pour arriver dans ma modeste résidence secondaire. Je respirais enfin. Au début, les 13 petits chalets de bois étaient peu occupés. Ma voisine, une vieille dame affable et seule résidente à l’année avait accueilli ma venue avec chaleur et bienveillance. Nous discutions le matin et le soir autour d’une tasse de café. Parfois, je l’aidais dans son jardin potager permaculture à sa sauce ! Elle m’offrait des légumes et je lui ramenais des denrées de base après avoir été aux commissions dans la vallée. Un équilibre doux et serein qui dura deux semaines.

Mais au fur et mesure que les jours s’écoulaient, les chalets se remplissaient. Des familles complètes, de plusieurs générations se réfugiaient dans leur si cher bien de montagne. Je ne pouvais les blâmer ayant fait pareil deux semaines auparavant.

Évidemment, l’équilibre était rompu. Ma voisine était passée d’affable à désagréable ! Fini les conversations avenantes, les cafés partagés et les légumes frais. Chacun, chacune pour soi avec en guise de cerise sur le gâteau : la méfiance.

Trois mois plus tard, je me rendais compte que je dépérissais. Reclus dans mes quelques mètres carrés de bois de chêne, j’avais cru monter pour trouver un havre de paix qui m’offrirait un espace de créativité et de liberté. Me voilà coincé, incapable de remplir une page. Que des pages blanches. Je fais des commissions une fois par mois. Et comble d’horreur, par la fenêtre, j’aperçois que ma gentille voisine s’est fait emmener par le SAMU. Je vois désormais tous mes voisins de mauvais œil ! Je ne leur adresse plus la parole. Je ne sors plus. Je tourne en rond dans un espace qui devient insalubre.

Neuf mois plus tard. Mon cerveau fonctionne au ralenti. Je ne comprends plus rien. Les chalets voisins me semblent vides. Est-ce que le SAMU est passé ? Je ne crois pas avoir entendu de sirène, ni vu de lumière de gyrophare. En même temps, en serais-je capable ? Mon état était pitoyable. J’avais maigri de plusieurs kilos. Mon état physique était aussi lamentable que mon état psychique. Je perdais la raison.

Quel cauchemar. Réel ou pas. Page blanche ou noire. Mon histoire écrite ou mon vécu. Impossible de se déterminer car tout est terminé.

Par Fleur bleue

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