Mercredi 6 juin 2012, la sieste de mon enfant de 10 mois est perturbée par la sonnerie du téléphone. Je peste intérieurement en décrochant le combiné mais suis ravie de voir Oscar se retourner, et reconnais avec joie la douce voix de mon interlocutrice.

Douce, pas enthousiaste. Pas comme d’habitude, souffle une petite voix aigre à mon oreille.

Mon cœur largue aussitôt les amarres pour rejoindre, par le Pensées-Express, mon autre enfant.

Celle à qui j’ai consacré, en compagnie d’autres parents méritants, une bonne dizaine de soirées d’ateliers de préparation comprenant tests psychologiques, mea culpa, partage d’angoisses, plongée dans ma constellation familiale, thérapie de couple ainsi que quelques apéros au goût d’espoir.

Celle dont l’arrivée, pourtant si lointaine, a nécessité l’intervention d’experts pour analyser dans le détail mon mode de vie et veiller à ce que je lui réserve autre chose qu’un placard à balais.

Celle qui m’a permis d’acquérir du vocabulaire (apostille…) et de comprendre le sens profond de certains mots (désir, confiance, solitude, attente…).

Celle en faveur de qui les amis – uniquement les vrais ! ont écrit de bouleversants témoignages et courriers de recommandation.

Celle au dossier plus épais que le classeur des pièces justificatives destinées aux impôts.

Celle aux cinq ans de démarches administratives.

Celle par qui toutes les sagesses du monde se sont révélées exactes, « Patience est Mère des vertus » et « Tout vient à point à qui sait attendre », en particulier.

La voix douce, trop douce, interrompt mon voyage vers la Thaïlande: « J’ai enfin des nouvelles à vous apporter… mais elles ne sont pas celles que vous attendiez. En raison de votre grossesse et pour permettre un temps d’accueil spécifique à chaque enfant de votre foyer, votre demande d’adoption a été mise en attente par l’administration thaïlandaise, pour une année. Et nous arrivons gentiment au terme de ces 12 mois! Néanmoins, un moratoire sur l’adoption internationale vient d’être décrété par le Roi, pour une durée indéterminée: le pays doit faire le point sur sa situation. Je suis désolée: tous les dossiers en suspens ont été détruits. »

Ping-Ping est morte après avoir vécu intensément dans mon cœur et dans ma tête. Son grand frère ne fera jamais sa connaissance, la seconde grande chambre, – tellement plus vaste qu’un placard à balais ! ne sera pas aménagée en nid douillet et je ne l’emmènerai pas célébrer le Loi Kratong pour ses dix ans… la fête de la lumière n’aura plus jamais lieu.

Par Kafée

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