J’ai pour défi d’écrire une histoire en 550 mots. Mais où vais-je les trouver, ces mots?

Je pourrais faire l’inventaire de ce qui se trouve devant moi, au premier plan. Un macbook qui me sert ici de carnet, un mug rempli de café, une nintendo switch, un vase dans lequel vit depuis quelques semaines un joli brin de mimosa, l’ordinateur de ma bien-aimée, ses cahiers remplis de notes et de ratures, ses crayons, ses devoirs de psychologie… 60 mots.

Je pourrais tricher en rajoutant artificiellement que tous ces objets reposent sur une jolie table. Tiens, je pourrais même préciser que cette jolie table est d’inspiration scandinave… Et enfoncer le clou en précisant des détails fonctionnels aberrants comme le nombre de pieds… ou le prix: 550 balles en promo, soit le même nombre de francs que de mots qui me sont demandés! Si j’avais dû payer cette table en mots, à ce moment même, je ne le pourrais même pas! 160 mots, et encore, je compte le titre! 160 mots, dans mon achat imaginaire de table, c’est les quatre pieds, bruts et non vernis…

Pas le choix, je passe au second plan de ma vision depuis mon poste de travail confiné. Une large porte-fenêtre m’offre une vue sur un balcon très bien foutu, depuis lequel le joli lac de Neuchâtel s’offre au format panoramique. Une épaisse ceinture de nuages divise deux nuances majeures de bleu; le bleu du ciel et le bleu lacustre, un poil plus sombre. Même si j’ajoute à cela la vue des arbres et des villages qui bordent les littoraux vaudois et fribourgeois d’en face, j’en suis à 70 mots pour ce second plan! Faites le calcul, 160 et 70 ne me donnent que 230 mots à tout casser!

Pourquoi alors ne pas en venir à des ajouts plus subtils, comme les sons et les odeurs que je perçois? La télé du voisin qui me fait penser que des chaînes de merde comme BFMTV ont encore de beaux jours devant elles. Le monsieur qui tond la pelouse juste en bas de chez moi, a-t-il vraiment choisi le bon moment? Oui et non. Non parce que je n’ai jamais vraiment aimé les bruits de tondeuse intempestifs; surtout quand je cherche l’inspiration et oui car il me permet de rajouter «monsieur» «pelouse» et «intempestif» au compteur.

Cas de Force Majeure: revenir sur ce que j’ai déjà écrit mais en y ajoutant des détails. Non, trop facile. Et j’aurais dû le faire avant mais ça, c’est une de mes lacunes en écriture. Je ne détaille pas assez. Un grand écrivain aurait sûrement décrit la salopette du tondeur de pelouse et aurait évoqué l’aspect crétin de celui-ci, avec sa casquette trop grande et ses baskets trop moches. Rien que pour le décrire, Zola lui aurait consacré vingt pages et Tolkien, trois cents.

Beigbeder parlerait de la vie dissolue de sa femme et de ses amants dans tout le quartier, tandis que Matzneff s’occuperait de relater les relations qu’il a entretenues avec Pedro, le cadet de la famille qui, lui aussi, défriche le jardin.

Je crois que ce défi est en train de m’échapper, malheureusement. J’ai beau chercher, je ne vois pas où trouver ces 550 mots. Et si maintenant je racontais mon rêve érotique de cette nuit?

Par Cosma

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