Bientôt l’heure H ! Je sais qu’il aime ces moments. Je sens un peu de nervosité et beaucoup d’excitation. Beaucoup de monde s’agite. Ses mains sont un peu moites, il me balade sans cesse de sa main droite à sa main gauche. Et soudain, … il fait noir… je sens du tissu, j’ai un peu chaud, je vois la lumière par intermittence. Je suis près de son cœur qui bat fort.

Autour de moi, tous ajustent chemises, cravates et lacets. J’entends les bruits et les paroles. Il encourage, rassure, fait une blague pour détendre, pour se détendre…

Il est proche des gens, de ces musiciens qu’il apprécie tant !

Il bouge. Calmement mais tout le temps. Plusieurs fois le même trajet, ça donne une contenance je pense. Il regarde régulièrement dans la salle, en toute discrétion.

Puis il échange avec plusieurs musiciens sur l’horaire, ils sont d’accord : il est temps ! Un grand signe de la main, suivi d’un autoritaire et souriant : « S’il vous plaît ! »

Le bruit se calme, les gens se concentrent. Il me sort de sa poche intérieure. Quel soulagement de respirer un peu. J’étouffais !

Tout le monde est sérieux et se réjouit de jouer ses plus belles notes. Nous espérons vivre d’intenses émotions, faire plaisir et se faire plaisir.

La salle est plongée dans le noir, la scène brille. Un dernier mot d’encouragement. Et c’est parti ! Les musiciens entrent en scène.

Il est très concentré et d’un coup ne s’agite plus. Je m’accroche dans sa main, nous sommes très confortables et nous nous connaissons par cœur. Je le rassure et ne vais plus le quitter pendant ce concert. Lui et moi ne sommes plus qu’un pour les prochains instants. Il ne pensera que peu à moi mais va beaucoup compter sur ma présence. Il me serre tantôt énergiquement, tantôt avec beaucoup de légèreté, avec crispation parfois, avec souplesse le plus souvent. Prolongement des mouvements de son bras, parfois de son poignet. Du bout de ses doigts ou du fond de sa paume, je transmets sa pulsation, ses émotions, son envie, sa ligne musicale.

Lui et moi captons ce que donnent les musiciens, permettons qu’ils se repèrent, entrent au bon moment, expriment une même intention, jouent une nuance appropriée, s’harmonisent. Tous me voient mais je passe inaperçue, c’est une part du succès.

Je sens à chaque instant les états d’âmes qu’il traverse. Et il y en a parfois beaucoup. Je sais s’il est satisfait, détendu, déstabilisé, inquiet, rieur, taquin, triste, relâché, fâché (rarement), heureux (souvent), ému (très souvent).

Et en confidente fidèle et loyale, je saurai garder le secret sur ses sensations.

Les musiciens et lui ont livré ce soir le fruit de longs mois de travail. Quel bonheur ! Les derniers applaudissements terminés, je l’entends féliciter et remercier.

Je retrouve l’obscurité de sa poche, puis de mon étui, dans l’indifférence. Les musiciens et lui récoltent les bravos, les remerciements et les émotions du public.

La soirée est très belle. Ma mission est accomplie, j’en suis fière et je sais qu’il m’en est inconsciemment reconnaissant.

Le directeur de fanfare et sa baguette : une complicité discrète !

Par MurmurEmotion

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s