C’est le jour du rendez-vous annuel chez le vétérinaire. Contrôle général et vaccination sont au menu. Depuis une semaine, je mets au point une stratégie pour que mon chat veuille bien se pointer à l’heure du départ. En effet, Monsieur est un grand vadrouilleur et malgré mes nombreuses tentatives d’éducation, il n’est pas toujours très enclin à honorer ses engagements.

Hier soir, il a donc fallu s’assurer que les piles de la chatière étaient encore bonnes, que la petite porte était bien réglée sur « entrée possible » mais pas « sortie » et surtout que la gamelle soit assez alléchante pour appâter ce gros matou. Je constate que ma mission est réussie: il miaule tellement fort au pied de mon lit qu’il doit s’être mis en tête de réveiller tout le quartier!

Pendant que le café monte gentiment dans ma Bialetti chérie, je prépare la caisse de transport et glisse le carnet de vaccination dans mon sac à main. En dégustant mon Arabica bien tassé, je visualise déjà la scène qui va se dérouler sans surprise dans 40 minutes. Dommage que je n’ai pas le temps pour une séance de yoga zen avant de partir!

Bottes et bonnet enfilé, je charge le gros minet dans le coffre de la voiture. Mon 4×4 suédois équipé hiver me mène à bon port, sans aucune glissade sur les routes enneigées.

Devant la réception je souris à l’assistante en attendant qu’elle m’interroge:
– Madame?
– Isaac.
– C’est pour?
– Newton.
– Quel grand chanteur! dit-elle. Vous pouvez prendre place.

Si elle savait à quel concert j’ai eu droit dans la voiture. Impossible d’écouter les nouvelles du jour! En plus, comme Monsieur est stressé sur les routes, il lâche volontiers tout ce qu’il peut après le troisième virage. En compilant le bruit et l’odeur, c’est Noël avant l’heure. Du coup, dans ces performances-là, je me rallie à l’idée de l’assistante: ce chat est plus artiste que physicien philosophe.

L’attente n’est pas longue. Nous sommes invités à passer dans la salle d’examen. Je me sens rétrécir en posant la caisse de transport sur la table; comme si j’espérais pouvoir disparaitre avant l’évangile du mauvais maître selon St-Vétérinaire.

J’ouvre la petite grille et commence à tirer mon animal hors de son antre. La vétérinaire le regarde interminablement sortir de sa boite. « Madame Isaac, votre Newton est toujours aussi immense! » dit-elle. « Voyons voir s’il pèse plus ou moins que l’année dernière… »

Quel suspense, je brûle d’impatience!

Huit kilos! Le verdict est tombé.

J’essaie de retrouver un peu de consistance. Je bafouille. Sans aucune construction logique, j’avance des justifications peu tangibles en récitant un laïus pas très convaincant. « Vous savez, il est beaucoup plus mince en juillet. Et je fais tout ce que je peux: il ne mange que des croquettes light dûment pesées, comme vous me l’aviez conseillé l’an passé. Il faut vraiment que vous puissiez le voir quand l’été bat son plein et plus systématiquement à la fin décembre… »

Au bout de quelques secondes, un long miaulement me sort de mon état coupable. Mon Newton n’en a visiblement que faire de la gravité de son poids.

Par Paillette

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