Olof ne sait plus comment contenir la rébellion qui s’organise autour de lui, car l’été touche à sa fin, et l’inquiétude de ses semblables s’intensifie.

Depuis qu’il est le prince des hérissons de la Grande Forêt de Päijät-Häme, ses sujets souffrent de plus en plus de la disette durant les huit longs mois d’hiver qui sanctionnent chaque année la région. Olof n’aime pas avoir faim. Alors il accumule.

Les insectes se font rares dans cette contrée hostile et toutes les baies et champignons sont invariablement récoltés par sa garnison. Ses réserves ne désemplissent jamais. Tous les autres animaux ont migré vers le sud, les limaces et les escargots les premiers. Le festin favori est parti. Olof est conscient qu’il doit trouver une solution pour calmer un peu les esprits. Ou en tout cas le faire croire. Car son pouvoir vacille.

Alors, sur les conseils de son fidèle lieutenant Magnus, il annonce l’organisation prochaine d’une course dont le vainqueur recevra un dixième de sa réserve de nourriture. De quoi amplement engraisser plusieurs familles pour affronter le froid, la neige et le gel.

Quelques jours plus tard, tout était prêt et la compétition pouvait avoir lieu. Chaque famille avait inscrit son membre le plus rapide, ou le plus endurant. Car le parcours sélectionné était long et compliqué. Plusieurs montées et deux cours d’eau à franchir. Tout hérisson, si on l’avait consulté, aurait refusé net ce choix !

La manigance d’Olof était grossière : sa course était trop compliquée et n’aurait pas de vainqueur. Il ne faisait que donner de l’espoir à ceux qui n’en avaient déjà plus beaucoup. La conséquente récompense n’était qu’un leurre, et Olof croyait naïvement que cela lui donnerait du répit.

Le jour J, tous les hérissons se rassemblèrent pour assister à l’événement. Dix coureurs étaient prêts à s’affronter. Le départ fut donné.

En vérité, les spectateurs ne croyaient pas possible que les hérissons réussissent. Et les seuls encouragements que l’on entendit furent :

– Courage les amis ! mais vous n’y arriverez jamais…

– À l’impossible, nul n’est tenu !

Au fil de la course, les participants abandonnèrent. Patte foulée, découragement ou fatigue, les raisons étaient multiples et le constat invariable : c’était trop dur.

Olof, en son for intérieur, savourait sa victoire. Il avait regagné en popularité, et ça ne lui coûterait rien.

Au deux-tiers du parcours, il ne restait plus que deux concurrents. Le pessimisme ambiant n’avait pas changé.

– Gardez vos forces, c’est foutu !

Et c’est ce qui se passa pour l’un des deux derniers en course. Il abandonna, extenué.

Mais, contre toute attente et au prix d’un énorme effort et d’une volonté admirable, le dernier hérisson parvint à franchir la ligne d’arrivée.

La foule était en liesse et scandait son nom : « Jö-rund, Jö-rund ! »

Olof était abasourdi, mais surtout fou de rage contre Magnus.

– Ton parcours était trop simple. Comment as-tu pu être aussi négligent. ?

Cependant, Olof savait qu’il devait tenir parole pour conserver son rang, et récompenser le surprenant vainqueur.

Mais avant de se délester d’une partie de ses vivres, il voulut absolument savoir comment Jörund avait pu réaliser un tel exploit. Il l’examina sous toutes les coutures, et le questionna sans relâche. Sans jamais recevoir de réponses ; car Jörund était sourd.

Par Léo Arcin

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