Elle remonte le drap sur elle, hilare. Elle vient de me raconter la dernière infamie de son ex-mari. Elle se tourne un peu et grimace. Puis je vois venir sur son visage le fameux sourire en coin qui précède habituellement la vanne qui tue.

– Et toi, c’est quoi la pire honte que tu as eue avec un mec ?

Cette question fait jaillir un souvenir dans ma tête. Je le chasse.

– Heu je sais pas trop…

Je laisse mon regard partir à droite, je vais bien trouver quelque chose d’autre à raconter… Mais c’est le vide complet. Je lâche l’affaire. Autant lui ouvrir ma boîte de pandore, depuis le temps que je lui fais croire que je suis parfaite.

– J’ai bien une histoire pourrie à te raconter. Un vieux truc… quand j’étais jeune.

Elle plisse les yeux.

– Quel âge ?

J’hésite.

– Heu dans les trente je crois.

Elle continue de braquer sur moi l’œil du flic qui interroge un suspect. Je craque.

– Bon d’accord, c’était il y a deux mois.

Elle sourit.

– Je le savais ! N’essaie pas de me rouler, je te connais trop !

– Ça s’est passé à la fin d’une fête où je m’étais emmerdée comme un rat mort. J’étais sur le point de lever les voiles quand un homme charmant est venu vers moi. On a sympathisé en compagnie de plusieurs cocktails assez corsés. J’ai tout de suite déchiffré quelque chose d’attirant dans ses yeux, je ne sais pas trop quoi mais ça faisait dire aux miens « moi aussi ». Il a pris ma main. A partir de là, j’ai su que c’était cuit.

– Et…

– On a quitté la bastringue. La nuit était tombée. On s’est embrassés sur un banc au bord du lac. Comme des ados. Plus tard il m’écrit : « T’es où ? ». J’étais aux WC mais j’ai répondu, avec une image assez précise tapie dans mon petit cerveau ravagé… attends, regarde, 22h36: « Couche-toi dans l’herbe, j’arrive »

Pour preuve, je lui tends mon smartphone. Elle pouffe de rire. Ses yeux brillent de plaisir.

– La suite !

– Ensuite, on a avisé les alentours… y avait pas un carré d’herbe sans projecteur de l’éclairage public en faction juste au-dessus ! Finalement, on a quand même trouvé un petit coin sombre et on s’est laissé aller, étendus dans l’herbe. C’était beau, c’était frais, on entendait le lac, on brulait de désir et on riait. Il a enlevé ma chemise. J’ai baissé son pantalon. Et tout à coup…

– Quoi ?!! lance-t-elle, impatiente.

– Tout à coup… alors qu’on était l’un sur l’autre à moitié nus, j’ai entendu une voix toute proche : « Madame, Monsieur… désolé de vous déranger, mais… vous bloquez ma voiture ! » J’ai levé les yeux. Un vieux type nous contemplait… On était sur un parking !

– Oh ! La honte !

Quand l’infirmière entre, on est encore en train de se tordre de rire. Je dois filer. Je saisis son poignet et je le serre doucement.

– Hé, tu tiens le coup, hein !

Elle remet en place le turban sur sa tête qui lui tient lieu de chevelure et me décoche un clin d’œil qui m’atteint en plein cœur.

– T’inquiète, je gère.

Par Intuitiveculture

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