Je suis à elle totalement, pleinement, je m’ouvre et m’offre sans retenue, plein de confiance. Je l’ai rencontrée le soir de son anniversaire. Elle était assise assez loin de moi. Là où je me trouvais, j’avais du mal à la voir. Elle venait de souffler ses bougies disposées sur un bavarois aux fraises. C’est alors que ses mains fines m’ont saisi, m’ont palpé, caressé, puis ont dénoué le nœud et défait le papier qui m’enserrait étroitement.

Enfin, j’étais dans ses mains. J’avais tant attendu ce moment. Jusque là, j’avais toujours été pris avec rudesse, avec brusquerie. La seule fois où j’avais senti une telle caresse, avait été le jour où, encore sur le rayonnage de la papeterie, j’avais été soulevé puis reposé dans un soupir.

Je rêvais de telles mains. Et ce soir-là, lorsque j’ai senti ses doigts glisser sur mon corps et me caresser avec tendresse, j’ai immédiatement su que c’était « elle » qui m’avait saisie dans le magasin. Je l’ai reconnue à ses mains. Elle m’a regardé avec des yeux attendris et émerveillés, a approché son joli nez court pour me renifler, et a prononcé dans un soupir suave : « Comme tu sens bon ».

Elle a ensuite défait l’élastique qui retenait mes pages, elle a rabattu la couverture noire qui les protège, et elle a eu le souffle coupé en caressant mes pages : « Le grain est magnifique ».

Ce n’est qu’à ce moment qu’elle me reposa un court instant pour remercier son mari : « Un Moleskine, je suis comblée… »

Par Françoise Simon

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