Nous le savions, oui. Depuis longtemps, même. Ça devait arriver un jour, et maintenant c’est une réalité. Combien de fois avons-nous vécu de telles situations depuis notre longue histoire, beaucoup plus longue que la leur, d’ailleurs? Que des ressources viennent à manquer et la moitié d’entre nous disparaissait; puis la vie reprenait son cours normal. Nous avons connu bien des cataclysmes, dont nous avons eu de la peine à nous relever. Des groupes entiers n’y ont pas survécu, d’autres en ont profité pour se multiplier, mais l’équilibre a toujours fini par revenir.

Puis ils sont arrivés. D’abord tout s’est bien passé, ils faisaient partie de notre règne, ils le respectaient, ils en avaient besoin, ils en étaient un des maillons. Comme nous, ils subissaient les humeurs de notre environnement commun. Et un jour, ils ont petit à petit revendiqué une place au-dessus de la nôtre, pour nous dominer grâce à un intellect soi-disant plus développé que le nôtre. Ils se sont mis à nous chasser, nous tuer, nous écraser. Chaque année lorsque les feuilles jaunissent, nous n’avons d’autre choix que de nous cacher. Pourtant, dans le même temps, ils font beaucoup pour nous protéger. Ils viennent nous voir dans des zones où notre liberté est certes réduite, mais où nous ne manquons de rien. Ils nous prodiguent même des soins. Comment les comprendre?

Dans leur soif de pouvoir absolu, ils ont oublié quelque chose de fondamental: ils ne peuvent pas tout maîtriser. À vouloir vivre trop nombreux dans des lieux confinés, des habitats trop exigus, leurs ressources ont fini par s’épuiser, à tel point qu’ils ont dû inventer toutes sortes de subterfuges contre nature pour s’alimenter, puis soigner les maladies qui en découlaient. Ils y parviennent en général, mais parfois tout va si vite qu’ils n’ont pas le temps de réagir. Alors ils s’imposent des restrictions auxquelles ils ne sont plus habitués, mais que nous connaissons bien. Ils ne parlent plus que de ça, ils ont peur…

Nous le savions, on ne peut pas transgresser impunément les règles de notre lieu de vie. Il leur suffisait de nous observer, nous et nos confrères, pour en tirer les leçons. Il leur suffisait de regarder dans le passé pour voir que ça s’était déjà produit mille fois. Ils auraient su comment agir, comment réagir, voire comment anticiper. Et même quand les premiers de leurs semblables ont été touchés, ils ont attendu, tergiversé, douté; ils pensaient que ça ne les toucherait pas, eux, directement. Et finalement ils y ont tous été confrontés! Malheureusement, il y a fort à parier qu’ils n’apprendront rien de cet épisode de leur histoire. Bientôt ils redeviendront fous, comme avant. Ils ont d’ailleurs déjà trouvé un moyen imparable pour assurer leur autodestruction: la destruction de leur milieu naturel. Et à ce rythme, c’est pour bientôt.

Bon, assez parlé. Je m’en retourne rejoindre ma biche et mes (en)faons, dans la forêt où je vis, en évitant de me faire happer par un de leurs satanés véhicules…

Par Francis Krähenbühl

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